NOTE DE L’AUTEUR

Le récit de ce film provient de mon parcours dans l’art de la danse. Un art volatile auquel j’ai consacré, comme chorégraphe, vingt ans de travail, et dont je tire une préoccupation particulière envers l’éphémère, et envers la trace qu’un artiste peut ou non laisser derrière soi.

Depuis l’endroit intime de mon propre vécu, j’ai voulu raconter le mécanisme mystérieux qui anime l’artiste, sa nécessité intérieure, son irrépressible besoin de liberté. Raconter le mélange de beauté et de fragilité de ce qu’on appelle l’inspiration, et qui conduit l’artiste à entreprendre mille luttes pour défendre un langage, une vision, défendre une place dans le monde et un droit à l’irrationalité.

Le besoin de faire un film sur ce thème s’est imposé lorsqu’est apparue, dans l’écriture, l’idée de mort à soi-même, d’errance, et de renaissance, comme principe d’évolution d’un individu sur le plan de sa vie intérieure. L’image de la chute, et de la traversée du désert qui s’en suit, m’est alors apparue comme un symbole de toute quête artistique. C’est de cette image qu’est née l’histoire de ce funambule qui perd l’équilibre, puis aspire à renaître.

Écrivant, je me suis identifié à la délicatesse de ce personnage, à sa capacité d’écoute face aux protagonistes qu’il croise sur sa route, face à la nature retrouvée qui constitue peu à peu la résolution du film. J’ai vu en lui l’archétype de toute personne qui face à l’absurde, la perte de sens, cherche une lumière, et qui cherchant, se réalise. 

Je ne sais si son histoire est la mienne ou si elle a fini par la devenir. Parce qu’elle me semble profondément humaine, j’espère qu’elle résonnera en chacun, qu’elle parlera à chacun du besoin vital que nous avons d’une vocation à être au monde qui ne serait qu’à soi, et répondrait aux vraies aspirations de l’âme.

La structure du film sera marquée par la bascule du funambule dans l’arrière-monde que représente le château, et son rythme sera donné par le cycle répétitif de ses rencontres avec les habitants du lieu. En le suivant allant de l’un à l’autre, je voudrais que le spectateur entre dans la temporalité propre à chacun de ces personnages, partage leur jouissance d’un temps infini, leur jouissance d’être sans distraction possible à l’écoute de la lenteur de la nature et des mouvements de la lumière du jour.

Je voudrais que la caméra restitue l’écoulement naturel du temps. Qu’elle exprime, par des plans peu découpés, l’indifférente immobilité de la nature. Qu’une alternance de plans fixes et larges avec des plans plus rapprochés, animés de chorégraphies lentes, centrent l’intérêt du spectateur sur l’inspiration qui habite les personnages du film, et sur la beauté des éléments naturels dont ils se nourrissent.

Je voudrais que l’image s’attache avec réalisme à scruter les visages, le sentiment de solitude qui les traverse, et qu’elle révèle la beauté des lumières naturelles. De la force des contre-jours, à l’étrangeté des atmosphères crépusculaires, je voudrais donner à la lumière le rôle de traduire la dimension initiatique du film.

Le ton du film, quant à lui, sera volontairement poétique et musical. Il reflétera mon besoin d’exprimer avec lyrisme le mysticisme individuel qui caractérise chaque protagoniste, et sa capacité d’émerveillement devant l’apparente banalité des choses.

J’espère que ce film offrira au spectateur une expérience émotionnelle et philosophique des enjeux moraux de ces artistes. Que chacun puisse faire sienne leur quête d’absolu. Et que leur besoin de s’éloigner du monde pour donner du sens à leurs gestes puisse parler à tous de notre époque, là où par endroits une nécessité de retrouver le temps nous traverse, là où l’obligation d’arrêter notre course en avant et de faire face à nos aspirations intérieures nous percute. À tous ceux qui continuent de croire en quelque chose de merveilleux dans l’indifférente accélération du monde.

Michaël d’Auzon, août 2019


L’AUTEUR

Né en 1975, Michaël d’Auzon débute à l’âge de 19 ans une carrière de danseur au Ballet de Lorraine, où il crée ses premières chorégraphies sous l’impulsion du maître de ballet Pierre Lacotte. Il effectue ensuite un parcours d’auteur chorégraphe au sein de sa propre compagnie à Nancy, et comme artiste invité dans différents théâtres européens, puis son travail évolue du spectacle vivant à l’art vidéo au travers d’installations et de courts métrages expérimentaux. Depuis le milieu des années 2010, il se consacre à l’écriture et à la réalisation de fictions cinématographiques.

En quelques dates :
1999 Helsinki, lauréat des Pépinières Européennes pour Jeunes Artistes / 2006 Ballet du Landestheater d’Innsbruck, chorégraphe invité / 2008 Centre Culturel Français de Berlin, artiste en résidence / 2009 Metz, Biennale d’Art Contemporain, exposition collective / 2011 New York, La MaMa Gallery, exposition collective / 2011 Annemasse, Reconnaissance, Concours des Centres Chorégraphiques Nationaux, chorégraphe sélectionné / 2012 Corderie Royale de Rochefort, artiste en résidence/ 2014 Artiste Réalisateur sélectionné au Festival Paris Court Devant, Paris  / 2015 Festival de court métrage Armoricourt, Prix Spécial du Jury pour « Le Photographe »

FILMOGRAPHIE

2005, LA FEMME QUI MARCHE (court métrage, expérimental, 8 min. / réalisateur)
2007, MEETING POINT (court métrage, expérimental, 8 min. / chorégraphe)
2014, LE PHOTOGRAPHE (court métrage, fiction, 15 min. / scénariste et réalisateur)
2026, DEPUIS QUE LE SOLEIL A BRÛLÉ (long métrage, fiction, 2h15 / scénariste, réalisateur, producteur)

Plus d’informations sur le travail de Michaël d’Auzon : www.michaeldauzon.com

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