Carnet de bord, janvier 2019

Le montage de l’Ange, ou un arbre à ma fenêtre

Cette année, avant la dense période de préparation du prochain tournage qui s’annonce, le mois de janvier est consacré au montage. Celui des images de la séquence de l’Ange tournée l’été dernier.

Avec Lison Sanabria la monteuse du film, nous avons la chance de bénéficier d’un espace de travail en pleine nature, propice à l’immersion et à l’approche délicate que demandent la découverte des rushes, et leur manipulation. Propice aussi à l’état d’écoute que nous devons maintenir pour que surgisse de leur assemblage le sens caché qu’ils recèlent, cet inattendu de lumière qu’ils contiennent par eux-même en dépit de toute volonté de réalisation. Hier Lison a dit ceci, que notre travail consistait à « retrouver » le film, une très belle définition du travail de montage que j’ai plaisir à partager ici.

À côté du poste de travail il y a cette fenêtre, et derrière cette fenêtre il y a cet arbre. C’est un peuplier. Selon le temps, ses branches s’agitent sous le souffle du mistral, ou restent placidement tendues vers le ciel lorsqu’il n’y a pas de vent. Il veille le film. Je l’écoute, il me parle du temps long.

Le temps long nous le connaissons tous. Il fait bon y rester. C’est le temps de la proximité avec les présences de la terre et du ciel, avec les éléments enracinés dans leurs états auprès desquels on trouve cette proximité avec soi-même, auprès desquels on a simplement envie de demeurer, au plus près de notre joie, oisif et plus vivant que partout ailleurs.

Le temps long se trouve plus facilement en s’éloignant un peu du monde social. On le trouve en abondance mais il faut faire le chemin de le rejoindre, et matériellement ce chemin n’est pas toujours simple d’accès. C’est même un travail d’y aller. Je crois que c’est ce chemin que font les poètes et les artistes, du moins ceux qui ont choisi de tisser « le fil d’or du beau », pour reprendre l’expression de François Cheng. Et je crois aussi que faisant ce chemin ils contractent une dette envers la société, la société qui évolue dans le temps court. C’est une belle dette, une dette naturelle, joyeuse. Elle est de l’ordre du lien, de ce qui nous relie les uns aux autres et fait de notre humanité un corps.

Avec mes modestes moyens c’est à cet endroit que je me sens à chaque étape de la création du film. Je me sens là où les poètes et les artistes rendent ce qu’ils ont trouvé entre la terre et le ciel. Ici, en montage, nous observons l’écoulement du temps à l’intérieur du plan, et nous travaillons à le rendre.

C’est cela que me dit le peuplier à côté de la table de montage.

Michaël d’Auzon



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