Carnet de bord, avril 2019

 

Étude aux ombelles de peuplier
image : Michaël d’Auzon, musique : Bruno Billaudeau

 

Je crois qu’on ne fait pas un film avec des intentions. Que notre matériau, pour aborder l’écriture, le tournage, le montage, est toujours celui-ci : ce mélange doux-amère d’ignorance et de désir, de lâcher prise et d’impatience, que connaît l’artiste dans l’instant qui précède son geste, et grâce auquel, en dépit de toutes les projections conscientes de son imagination, l’œuvre à venir demeure pour lui, jusqu’à son achèvement, totalement imprédictible.

C’est peut-être pour cette raison que je suis un peu en peine, chaque fois que l’on me demande de quoi parle ce film, de toujours donner une réponse identique. La quête de vérité tracée par les destins de ses personnages se comprend aisément. Mais en dessous du récit, de la clarté du récit, se trouve quelque chose de plus diffus, comme une basse continue qui soutiendrait le sens de l’ensemble. Et cette chose est tout sauf une intention.

Peu de temps après avoir achevé la première version du scénario, le titre du film est venu se poser, comme un oiseau, sur la page. Ces quelques mots rencontrés dans un recueil poétique d’Anna Serra éclairèrent soudain de leur ambivalence l’histoire que je voulais raconter : depuis que le soleil a brûlé. Ils éclairèrent aussi le sentiment depuis lequel je travaille, et que j’espère voir jaillir sur l’écran de la rencontre des corps, des paysages et des lumières.

Depuis que le soleil a brûlé, aurait cette ambition : impressionner le spectateur de ce sentiment. Le sentiment d’une perte. Le sentiment qu’une perte a eu lieu. Une perte irréversible, dont on ne peut rien dire — sinon la ressentir, l’accueillir, la traverser. Ressentir, accueillir, traverser, qu’il n’y a plus de monde vierge, qu’il n’y a plus d’inexploré au seuil duquel rester désirant, d’inaltéré au seuil duquel rester pétri de cette lumineuse ignorance qui est celle des animaux, des pierres et des arbres, et dont notre corps a besoin pour faire corps — vierge de tout savoir, et intimement relié à la connaissance du tout.

Michaël d’Auzon




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